Jours sans faim, de De Vignan Delphine
parution 12/2008 (édition poche) - 124 p
Delphine de Vignan nous livre dans ce court roman son approche de l'anorexie. C'est son premier roman.
Quand Laure arrive à l'hôpital, elle pèse 36 kgs pour 1m76. Si elle a accepté d'être hospitalisée, c'est qu'elle a senti le froid de la mort la frôler. De jour en jour, elle va réapprendre à manger et à vivre. Son corps se rebelle : être maigre, c'était un moyen de se faire remarquer, un moyen de vivre... Un colère profonde est ancrée en elle,une colère née de son enfance entre une mère fragile psychologiquement et un père violent verbalement. Cheminement long et difficile vers l'indépendance et la vie.
C'est un livre qui sonne très juste. Depuis, Delphine de Vignan a indiqué qu'elle avait elle même vécu cet épisode d'anorexie aiguë, que c'était un ouvrage a connotation autobiographique. Beaucoup d'émotion et de sobriété.
Ce livre vient tout a fait en miroir à mon dernier livre lu : "un territoire fragile". On y retrouve l'enfance dévastée par le non-amour et l'impossibilité de vivre sereinement une fois l'adolescence passée.
Un livre très fort là aussi.
Extrait : "Entre les plateaux, le thermomètre et les pesées, les jours s'effilent, s'étiolent. Elle comprend, par petits bouts, par petites bouchées. Elle rumine. Des mots. Les mots de son père, comme des météorites. Les mots de sa mère aussi, des mots rares, en abîme. Elle rumine tout ça en plus du reste. Elle essaie de faire du tri, un peu de ménage, de balancer au fur et à mesure. Il faut lâcher du leste, pour continuer.
Elle avait besoin d'être nourrie, portée, enveloppée. Elle avait besoin de cette chambre surchauffée à l'abri du monde, à l'abri d'elle même. Elle avait besoin d'un peu de gras pour pouvoir rester assise sans que les os lui transpercent les fesses. Elle essaie de se souvenir, encore, elle essaie de retrouver l'ordre, la chronologie. Elle cherche une logique. Elle avance, petit à petit. Pourtant, plus elle grossit, plus elle a peur de s'être laissé prendre au piège, de ne plus savoir se battre. Mais se battre contre quoi."