Bonheur fantôme, de Percin Anne
Quand je vois un « coup de cœur » sur le blog de Sylire, je note.. et quand le même jour je passe à ma bibliothèque et que le livre est là….
Pierre a 28 ans et vit seul dans une maison de la Sarthe au bord d’une départementale « en bordure du néant, en rat des champs ». Et petit à petit on apprend à le connaître, ce jeune homme qui a perdu son frère jumeau dans un accident il y a 18 ans, et qui survit depuis, fuyant le bonheur et la vie facile. Il nourrit les animaux de passage, discute de longs moments avec Paulette, sa vieille voisine, marche des heures dans les bois alentours et se complaît dans cette vie de marginale et d’ermite. Pour gagner quelques sous, il devient brocanteur, loin de ses études parisienne, et aussi loin de R. sa passion, son amour.
Histoire de ce jeune homme torturé qui vit dans la peur et l’inquiétude. Peur de la vie, peur du bonheur qui un jour partira et qu’il faut mieux fuir, doute d’être aimé à tort, envie de mener une vie qui lui ressemble, une vie de dénuement ou rien ne peut lui être enlevé.
Une très belle écriture, de l’humour et de l’émotion.
Pas de coup de cœur pour moi cependant, peut-être juste parce que je n’ai pas réussi à comprendre ce jeune homme. Mais s’est il compris lui-même ?
Extrait : « Chacun doit faire un effort pour être comme tout le monde. L’harmonie sociale est à ce prix. Pourquoi, d’abord, est-ce que je ne sais pas prendre la vie du bon côté ? Comme les tournesols, pencher ma tête là où c’est bon, là où c’est chaud, la sentir grossir, s’enfler de graines, grouiller de petits moi-même et dans un ultime coup de nuque, lâcher ma semence, me reproduire et crever. Pourquoi est-ce que je ne sais pas faire ça, hein ? Allons, allons ! Pas d’excuse. C’est comme une forêt où chaque arbre s’efforce de pousser droit. Vers le soleil, de toute sa vie d’arbre à chaque seconde, il se tend désespérément. Certains ont de la chance dès le départ : ils sont nés dans une clairière bien dégagée, rien autour pour les gêner. D’autres sont nés dans une sapinière : ils sont d’une espèce où chacun sait se tenir à sa place, il suffit de suivre le mouvement général. Et pour d’autres, manque de bol : ils ont poussé dans les cailloux, au milieu des ronces, ou bien la foudre leur est tombée dessus. Le bel élan initial est foutu. Tout est tordu. »

