Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, de Enard Mathias
J'ai justement fini ce roman hier soir, la veille de son prix au Goncourt Lycéen.
Mais est-ce un roman ou un essai ? Un roman assurément puisqu'une partie des faits est inventée, mais un essai pourtant puisque les faits réels sont très nombreux et documentés.
Le Goncourt Lycéens m'étonne toujours : j'aime les romans que les lycéens choisissent mais je suis stupéfaite par leur choix qui se porte souvent sur des romans qui ne sont pas faciles à lire....
J'ai d'abord était désarçonnée par le premier chapitre : un court texte extrèmement sensuel, poétique et en même temps emprunt d'obscurité. L'écriture est recherchée et fluide "Tu penses désirer ma beauté, la douceur de ma peau, l'éclat de mon sourire, la finesse de mes articulations, le carmin de mes lèvres, mais en réalité, ce que tu souhaites sans le savoir, c'est la disparition de tes peurs, la guérison, l'union, le retour. Cette puissance en toi te dévore dans la solitude".
On part ensuite dans l'histoire elle même : Michel-Ange s'est fâché avec le Pape Jules Il qui lui a commandé un tombeau mais ne le règle pas. Il quitte la cité papale pour retourner chez lui à Florence. C'est là que deux émissaires du Sultan Bajazet lui propose de venir à Constantinople afin de concevoir un pont sur la corne d'or .Le 13 mai 1506, Michel-Ange découvre un monde qui lui est totalement étranger :la merveilleuse luminosité des monuments, la troublante beauté d'un danseur-danseuse, l'amitié d'un poète alcoolique, l'opulence de la cour... Mais peut-il rester à Constantinople au risque d'être excommunié?
Le style change à chaque chapitre : tantôt direct avec des dialogues, tantôt proche du rapport avec des paragraphes à la troisième personne "on retrouvera (...) le grain de beauté à la base du cou dans un recoin de la chapelle Sixtine quelques années plus tard." Il y aussi les lettres (authentiques) que Michel Ange a écrit à ses frères, mais surtout des parenthèses poétiques d'amour, de tendresse et de promesses. Troublant.
Un beau roman, étonnant. Une superbe écriture recherchée. Une sorte de conte des milles et une nuit historique.
Karine et Cathe ont beaucoup aimé, Amanda l'a trouvé superbe.
Extrait : "Décidément ces Ottomans sont les maîtres de la lumière. La bibliothèque de Bayazid, comme sa mosquée, sur une hauteur, est baignée d'un soleil omniprésent mais discret, dont jamais les rayons ne tombent directement sur les lecteurs. Il faut toute l'attention de Michel-Ange pour découvrir, dans le jeu savant de la position et de l'orientation des ouvertures, le secret de l'harmonie miraculeuse de cet espace simple dont la majesté, au lieu d'écraser le visiteur, met celui-ci au centre du dispositif, le flatte, l'exalte et le rassure.
La curiosité de Michel-Ange est sans limite.
Tout l'intéresse."
