Pièces rapportées, de Lenoir Hélène
Premier livre que je lis de cette auteure, et sans doute pas le dernier !
Le livre s'ouvre sur un monologue intérieur. Celui de Claire, jeune fille de 25 ans que l'on sent prête à prendre son indépendance. Mais une moto la fauche en plein rêve. Fin du premier acte.
On se retrouve dans la tête d'Elvire, la mère de Claire. L'accident de sa fille la bouleverse. On suit le tourbillon de ses pensées, son désarroi, la haine rentrée contre Fréderic, son mari, un homme de la bourgeoisie qui la maltraite. Sa vie est une vie de soumission, et même si elle a une certaine aisance financière, elle ne se sent pas libre. Dans l'errement de ses pensées on ressent la nervosité, l'angoisse, la pression de la famille de son mari qui ne l'a jamais vraiment intégré. Elle reste u.ne "pièce raportée"
Et on passe à un nouvel acte, et à une nouvelle forme littéraire, un nouveau rythme, l'observation de ce qui se passe, toujours dans la soumission. Vient enfin une forme théâtrale avec un déjeuner familial chez les Bohlander ... les secrets, les tensions ...
J'ai beaucoup aimé cette écriture, cette respiration haletante. Suivre les pensées d'Elvire, ses tergiversations, ses doutes. J'ai lu ce livre d'une seule traite, dans un souffle.
Pas de coup de coeur pour autant à cause de la fin qui m'a légèrement déçue, mais une auteure que je vais suivre.
Extrait : "Dehors, il pleuvine. Acheter un parapluie, chercher une boutique qui vend des parapluies, c'est très bien, ça m'occupera, me calmera, marcher, m'éloigner, le plus vite possible, je le hais, je le hais ... Le visage en feu, la poitrine ... grondements, coups de boutoir dans l'abdomen ... combien de fois en vingt-cinq ans ... cette fureur écrasant tout le reste, lui, se dressant, énorme, au coeur de son tourment pour qu'elle ne voie, ne sente plus que lui, Frédéric Bohlander, le héros du jour, le père irréprochable accourant toute affaire cessante, prenant le train puis le métro, surmontant exceptionnellement, son horreur des transports en commun pour être le premier, le meilleur, toujours, le plus futé, le plus efficace, pied de nez, dans le même train et peut-être dans la même voiture de première, trois ou quatre rangs derrière elle, c'est à dire l'entendant comme les autres passagers dire à la boîte vocale de son portable "non disponible pour le moment" ... l'entendant en filant incognito à l'arrivée sans même lui avoir répondu, fait un signe, message reçu, rien que ça ... Et Claire ... "
