Ce qu'il advint du sauvage blanc, de Garde François
Ce livre raconte la vie d’un jeune marin qui a été « oublié » sur une île d’Australie en 1843. Il y est resté 18 ans jusqu’à ce qu’il soit récupéré par un navire anglais. Il a survécu en étant adopté par une tribu aborigène. Quand il est revenu, il avait oublié sa langue, le nom de ses parents et toute sa vie «d’avant».
C’est un livre à deux voix :
- Un chapitre raconte les premiers mois de Narcisse, sa difficulté à s’adapter, ses relations avec la tribu, son espoir de voir la goélette revenir le chercher. Ces chapitres sont écrits par un observateur extérieur.
- Un chapitre est écrit par Octave de Vallombrun. Cet aventurier-géographe est celui qui va s’occuper de Narcisse en Australie, puis en France. Il va lui réapprendre à parler français, chercher sa famille, essayer de le réinsérer dans la société. En même temps, il va chercher, pour la science, à apprendre ce qu’il s’est passé pendant 18 ans, mais Narcisse reste muet. Ces chapitres sont sous forme de lettres qu’Octave écrit au président de la Société de Géographie à qui il raconte les progrès de Narcisse.
Cette histoire, inspirée d’une histoire vraie, permet de se replonger dans l’histoire de la fin du XIXème siècle et surtout la façon de voir les « sauvages », forcément moins développés. Or Octave de Vallombrun s’aperçoit que Narcisse a été heureux en Australie, vivant nu dans la nature, sans doute plus que dans la société française ou il n’a pas sa place.
J’ai malheureusement trouvé des longueurs, notamment parce que Narcisse refuse de parler. Il est intéressant de voir que les chocs psychologiques de l’abandon puis de son retour à la vie dite « civilisée » crée une sorte d’amnésie, seul possibilité pour Narcisse de tenir. Mais du coup, toutes les lettres d’Octave sont un peu longues car il n’a rien à dire.
Une lecture agréable est facile, malgré les longueurs.
Extrait : « Il avait paru souffrir dès que je l’avais interrogé sur ces deux moments où il avait été contre son gré projeté d’un monde vers l’autre – et plus mes questions se rapprochaient de ce basculement, plus il semblait éprouvé, déchiré, anéanti. Sa mémoire, son corps tout entier refusaient ardemment de se souvenir. Sa volonté consciente n’était pas en jeu. Quelque force inconnue le terrorisait – ce que j’avais déjà constaté en 1861 en Australie, et comparé dans une de mes lettres au combat de deux personnages en lui : un matelot au cachot dont la porte s’entrouvre, et un diablotin qui veut l’empêcher de sortir. Le diablotin, ou plutôt une puissance obscure et souveraine, a gagné la dernière manche. »
