Retour aux mots sauvages, de Beinstingel Thierry
C'est un livre que j'avais noté il y a assez longtemps dans la LAL, après avoir lu des bonnes critiques sur vos blogs. Déambulant dans les allées de la bibliothèque, j'ai dégaine ma liste et trouvé celui-ci.
J'ai tout de suite été happée par le rythme : des phrases courtes, ciselées. La répétition des noms pour appuyer une idée. Et puis bien sûr le thème de cet homme dont on ne connaît par le prénom qui, ancien électricien, a accepté un reclassement en tant que téléopérateurs pour éviter le chômage. Un homme qui regrette l'apreté de son ancien métier, et découvre la parole, les objectifs, la déshumanisation avec l'obligation de prendre un autre prénom, les phrases du script à répéter sans réfléchir, les relations tronquées ... De plus, l'entreprise va devoir faire face à une vague de suicide, ce qui n'est pas sans faire penser à ce qui s'est passé il y a quelques années chez France Telecom.
Il y a quand même les relations avec les autres téléopérateurs, le directeur du plateau qui est plutôt sympa, et surtout une relation qui va s'instaurer avec un client.
Moi qui ai été un temps responsable d'un petit plateau téléphonique, j'ai bien retrouvé la difficulté de ce métier assez ingrat, où nombre de clients appellent mécontents et déversent leur bile sur le pauvre opérateur qui n'y est pour rien, où le nombre de personnes en attente s'affiche sur un bandeau lumineux, où le stress est omniprésent et la reconnaissance bien faible. J'ai retrouvé aussi, décrit avec un certain humour, les interventions de la responsable du marketing qui arrive très fière avec une nouvelle offre que les téléopérateurs vont devoir vendre.
Une bonne analyse de cet univers de travail, sans pathos ni fioritures, tenue par une écriture directe. On sent le malaise monter petit à petit et j'ai du lire un gentil livre jeunesse après pour faire baisser la pression !
Bref, j'ai beaucoup apprécié ce livre.
Extrait : "L'épingle médiatique pique les côtes de tout un chacun. C'est l'homme de la rue qui s'énerve : Alors quoi, il y en a toujours eu, des suicides ! C'est la ménagère effarouchée qui s'exprime en privé : Ils n'ont qu'à travailler plus, ils n'ont qu'à faire grève, c'est des héros, c'est des fainéants (rayer les mentions inutiles, selon votre sensibilité). C'est devenu un problème sociétal. On ne parle plus que de cela. On aimerait rentrer dans un trou de souris. C'est la honte, lance Maryse, dépitée, mèche blonde plus désappointée que jamais en bas de ses yeux, piquée au vif par l'épingle médiatique.
La mère demande : Tu ne vas pas faire une connerie, toi, au moins ? Il dit que non. C'est vrai tout ce qu'on raconte à la télé ? Il dit que oui."
