Le quatrième mur, de Sorj Chalandon
Livre de la rentrée - 3ème lu (challenge 1% rentrée littéraure de Hérisson)
Après avoir rencontré l'auteur il y a deux ans lors d'un salon à Rennes, j'ai découvert ses livres et j'ai toujours été touchée par la douleur, la tension et la beauté que j'y trouvais.
Apprenant que ce texte était habité par la pièce "Antigone" d'Anouilh, je ne pouvais que me précipiter, cette pièce étant un coup de coeur de toujours.
Difficile de faire un résumé de ce livre si dense. Mais l'idée principale est de monter la pièce d'Antigone dans un pays en guerre, en réunissant pour les différents rôles des protagonistes des factions en conflit. Gagner deux heures de paix par la magie du théâtre. Ca sera à Beyrouth, en pleine guerre du Liban.
L'auteur du projet, un grec réfugié politique à Paris à la suite de la "dictature des colonels", ne pourra mener à bien son projet. Il en confie la réalisation à Georges, jeune homme qu'il a rencontré dans les années 70 au moment où des "comités Palestine" fleurissaient dans les facs parisiennes. Tous deux ont manifestés, discutés, dénoncés les dictatures... mais là c'est autour de la construction d'une trêve de paix qu'ils se retrouvent.
Antigone est une pièce assez moderne qui a été écrite par Anouilh en 1944, autorisée par la censure allemande elle a été plébiscitée par les résistants.
Le livre est très dense, et il a fallu que je me replonge dans la dictature des colonels de la Grèce, le conflit suite au Septembre noir et bien sûr le conflit du Liban.
Un voyage au coeur de la guerre où on sent dans l'écriture des scènes de Beyrouth le regard de l'ancien correspondant de guerre. Un témoignage de la bêtise humaine mais aussi un très belle hommage à cette pièce de théâtre si poignante, car Antigone colle parfaitement à ce texte : « tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Tous ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire -même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l’histoire sans y rien comprendre. »
Une tragédie ou les luttes et les passions se mêlent. Un livre qui me restera en mémoire. Malgré de toutes petites longueurs, la fin est haletante.
Extrait : "Cette fois, il ne s'agissait pas de réciter trois répliques de théâtre dans une Maison des Jeunes, mais de s'élever contre une guerre générale. C'était sublime. C'était impensable, impossible, grotesque. Aller dans un pays de mort avec un nez de clown, rassembler dix peuples sans savoir qui est qui. Retrancher un soldat dans chaque camp pour jouer à la paix. Faire monter cette armée sur scène. La diriger comme on mène un ballet. Demander à Créon, acteur chrétien, de condamner à mort Antigone, actrice palestinienne. Proposer à un chiite d'être le page d'un maronite. Tout cela n'avait aucun sens. Je lui ai dit qu'elle avait raison. Ses remarques étaient justes. La guerre était folie ? Sam disait que la paix devait l'âtre aussi. Il fallait justement proposer l'inconvevable. Monter Antigone sur une ligne de feu allait prendre les combats de court. Ce serait tellement beau que les fusils se baisseraient.
- Pour une heure, a ricané Aurore.
Elle était assise. Je me suis accroupi entre ses genoux.
- Une heure de paix ? Et tu voudrais que nous rations ça ?"