As-tu jamais rêvé que tu volais ?, de Ratner Austin
parution 08/2013 - 320 p - traduit de l'américain
C'est un roman historique qui reprend la vie de Philippe Halsman, célèbre photographe et portraitiste juif, né en Lettonie en 1906, mort en 1979 aux Etats-Unis.
Philippe Halsman a été emprisonné pendant deux ans dans les geôles autrichiennes quand il avait une vingtaine d'années. Il a été condamné pour avoir tué son père lors d'une marche dans la montagne du Tyrol. Il s'avère que son procès a été complètement corrompu par l'antisemitisme ambiant et la montée du fascisme. Einstein, Freud et Thomas Mann ont pris sa défense.
Libéré au bout de deux ans d'emprisonnement, le jeune homme n'est plus le même. Stigmatisé pour un crime qu'il n'a pas commis, tuberculeux, il est incapable d'accéder au bonheur et ne peut se pardonner la mort de son père. Il quitte sa fiancée, pense au suicide, et se retrouve, un peu par hasard, à faire des photos d'hommes célèbres.
Arrivée de la guerre, fuite aux Etats-Unis, et célébrité qui va venir enfin comme un aboutissement.
J'avoue que je ne connaissais pas le nom de ce photographe, mais quand j'ai été voir certaines de ses photos sur internet, je les ai tout de suite reconnues (dommage d'ailleurs qu'il n'y en ai pas des reproductions dans le livre quand il y a une description de la prise de la photo).
Plus que le photographe, on suit surtout les pensées intimes de Philippe, ses interrogations, sa psychologie. C'est plein de finesse et très profond en même temps.
J'ai mis un peu de temps à entrer dans le livre (d'ailleurs c'est ma deuxième tentative). Au début, on a en même temps l'arrestation et la description du voyage avec son père, c'est un peu confus.
Puis on part dans le procès, très intéressant. La suprématie de la race aryenne en 1930 est déjà très ancrée dans la population, de même que la haine des juifs.
Suit ensuite la lente remontée à la vie du jeune Philippe qui a subit un tel traumatisme qu'il n'arrive plus à profiter de la liberté retrouvée.
Un bon livre très intéressant mais qui demande pas mal de concentration !
Extrait : "Mais de toute façon, Horst maintint tout le temps la porte de la cellule ouverte, et, s'il devait l'embrasser sous l'oeil de Horst, Horst dirait aux gens ce qu'il avait vu et puis on écrirait dans le journal qu'il était un Juif sans foi ni loi, comme ces Juifs qui publiaient les journaux impies à Vienne, dans lesquels on voyait les seins nus de la Négresse Joséphine Baker. Ils diraient qu'il était en faveur de la nudité, des Nègres, des seins, des prositutés françaises et des anarchistes ou, pire, du jazz. Ils diraient qu'il fallait le laisser en prison pour que l'Autriche ne tombe pas entre les mains des Juifs impies, des communistes, des saxophonistes anarchistes, des prostituées françaises et des seins des Négresses."
