C'est où le Nord ?, de Maeght Sarah
parution 04/2016 - 282 p. Premier roman
Portrait d'une jeune femme de vingt-quatre ans, enseignante de français dans un collège parisien. Ella vient du Nord, de Dunkerque. Elle vit à Paris dans un petit appartement avec son copain rencontré sur les bancs du lycée. C'est elle qui l'a entraîné à Paris pour fuir les briques du Nord. Ensemble, ils rêvent d'indépendance et de tour du monde ... mais rien ne va se passer comme prévu.
Des rencontres, un amour, des amitiés, vont changer la jeune femme et lui permettre de prendre du recul, se remettre en question et accepter la vie comme elle vient.
J'ai beaucoup aimé les passages qui se passent dans le collège, les réflexions des élèves tellement vraies, les relations avec les autres enseignants, l'apprentissage de la salle des profs ...
J'ai aimé le quotidien d'Ella, ses questionnements, ses amis si vivants mais qui ont chacun une fêlure. Ce quotidien parisien rempli de solitude et de sorties, d'espoir et de rage est très bien vu.
J'ai moins aimé le chemin qu'elle prend. Elle expérimente, elle se découvre, et c'est très intéressant, mais je ne sais pas si c'était nécessaire de passer par des passages à la limite du vulgaire avec cette opposition des choix sexuels. Cela aurait pu être une parenthèse ou un questionnement moins abrupt.
Et je n'ai pas trouvé très intéressante l'histoire semi-policière des santons décapités. J'ai trouvé que ça n'apportait rien à l'histoire d'Ella.
Cela reste une belle histoire de la quête d'une jeune fille attachante, avec une écriture fluide. Une histoire de vie avec ses hauts et ses bas, ses questionnements et ses choix.
Extrait : "Je dois trouver un nouveau coloc'. Une fille ou un garçon qui plie ses vêtements et passe l'aspirateur. Fumeur d'accord, bordélique, non. Lou, hors de question.
J'attrape le bocal rond de Klaus par les bords pour le poser sur mon bureau, il est trop lourd, le verre se brise sous mes doigts, le bocal explose. Un filet de sang s'échappe de mon pouce.
- Quel con, ce poisson !
L'eau se répand sur mes livres, mes cahiers, mes classeurs. Je cours chercher la serpillière, j'éponge, j'essuie, j'essore, j'étale mes copies sur le radiateur. Je prends mon sèche-cheveux et l'agite au dessus des feuilles, le vernis du bois fait déjà des petites cloques.
Flop, flop, flop. J'entends un clapotement.
Klaus. Je l'avais oublié. Je l'entends mais je ne le vois pas. Qu'est ce qu'il croit ? Que je vais tout laisser tomber pour le sauver ? Mon bureau tout neuf et mes copies ?
J'en ai marre de faire des choses pour les autres. Je suis devenu prof pour quoi déjà ? Pour rassurer mon père, avoir un salaire, être fonctionnaire."
Merci aux éditions Albin Michel pour la découverte de ce premier roman prometteur.