A la ligne, de Joseph Pontus
Un livre étonnant, de part son thème qui sort des sentiers battus, et de part sa présentation, une phrase à chaque ligne, sans ponctuation.
Joseph Pontus suit sa femme en Bretagne. Dans l'attente de trouver un travail dans son domaine d'activité en tant qu'éducateur, il accepte des missions d'interim pour des boulots à la chaîne à l'usine.
Il décrit alors la routine, les gestes mécaniques, l'entraide, la précarité, les horaires changeants, la fatigue du corps, la pénibilité, les odeurs, les rythmes qu'il faut tenir face à la machine et ceci de la conserverie de poisson à l'abbatoir.
Un boulot "alimentaire", pour survivre, pour travailler, mais sans reconnaissance. Un boulot qui casse plus qu'il ne paie.
J'ai lu ce livre comme un slam, une poésie rythmée qui rend hommage à ces ouvrier(e)s qui travaillent dans des conditions difficiles pour la société de consommation. Un tableau social qui ne tombe pas dans le pathos, un coup de poing.
Extraits :
« J'écris comme je pense sur ma ligne de production divaguant dans mes pensées seul déterminé
J'écris comme je travaille
À la chaîne
À la ligne »
"À l'usine on chante
Putain qu'on chante
On fredonne dans sa tête
On hurle à tue-tête couvert par le bruit des machines
On sifflote le même air entêtant pendant deux heures
On a dans le crâne la même chanson débile entendue à la radio le matin
C'est le plus beau passe-temps qui soit
Et ça aide à tenir le coup Penser à autre chose
Aux paroles oubliées
Et à se mettre en joie"
"Trente minutes
C’est tout dire
La pointeuse est évidemment avant ou après le vestiaire
Suivant que l’on quitte ou prenne son poste
C’est-à-dire
Au moins quatre minutes de perdues
En se changeant au plus vite
Le temps d’aller à la salle commune chercher un café
Les couloirs les escaliers qui ne semblent jamais en finir
Le temps perdu
Cher Marcel Je l’ai trouvé celui que tu recherchais
Viens à l’usine je te montrerai vite fait
Le temps perdu
Tu n’auras plus besoin d’en tartiner autant"
