Sous les feux d'artifice de Gwenaële Robert
En juin 1864, deux évènements qui peuvent paraître éloignés l'un de l'autre et qui pourtant sont liés, ont lieu dans le monde :
- à Cherbourg, deux navires américains, l'un confédéré et l'autre unioniste, décident de combattre à quelques miles des côtes, dans les eaux territoriales.
- au Mexique, l'empereur Maximilien et l'impératrice Charlotte de Hasbourg arrivent. Ils sont envoyés par Napoléon III qui veut faire du Mexique une grande puissance catholique qui pourra barrer la route de l'expansionnisme américain. Il est aussi question de contrer la fin des exportations de ballots de coton bloqués par la guerre de sécession, en les faisant passer par le Mexique.
On suit alternativement l'une et l'autre histoire. Beaucoup de dynamisme à Cherbourg. Un train a été affrété afin de permettre aux Parisiens de venir à l'inauguration du nouveau casino. Mais en arrivant à Cherbourg, ils apprennent qu'un combat naval va avoir lieu, attraction bien plus excitante. C'est donc près de dix mille spectateurs qui sont présents sur le port et les falaises alentour pour voir le spectacle des deux navires qui se combattent. Le récit est raconté par Theodore Coupet, journaliste mondain envoyé pour l'ouverture du casino, et qui espère bien détenir le scoop de la bataille navale et ainsi évoluer vers le journalisme politique.
Plus de désoeuvrement et de déception au Mexique. Maximilien est un homme falot, rêveur et mélancolique, qui n'a jamais touché sa femme en 7 ans de mariage. La nouvelle impératrice Charlotte, beaucoup plus intelligente que son mari, voit en cet exil la possibilité d'avoir un trône et une cour mais va rapidement se rendre compte de l'état désastreux du pays.
Un feu d'artifice pour célébrer le nouveau casino, un autre pour l'arrivée du nouvel empereur. Deux pays à l'opposé, deux destinées.
Une page d'histoire très intéressante dont je n'avais jamais entendu parler. L'autrice émaille ces évènements d'intrigues qui rendent la lecture attachante et rythmée. Un moyen original de parler de cette période du second empire en France et de la guerre de sécession aux Etats-Unis.
Extraits :
"À vingt-quatre ans, Charlotte prend sa revanche. En devenant impératrice du Mexique, elle répond à toutes les espérances, les siennes d’abord. Reste à découvrir le peuple qu’elle a promis de servir, le pays sur lequel elle règne déjà, qui est loin et un peu inquiétant à cause de la guérilla et des régimes qui se sont succédé sans jamais réussir à y garantir la paix. Elle sait que l’armée française y piétine depuis deux ans, ce qui est mauvais signe attendu que c’est la plus puissante du monde. Mais elle a vu des photos, des peintures superbes rapportées à Miramare par la délégation d’Estrada. La végétation est splendide. On lui a montré d’extraordinaires collections de papillons, des colibris. Des cactus par milliers. Des temples éboulés entre des palmiers, les Maranta, les Gloxinia, ces noms mystérieux tracés au crayon sur des planches par des herboristes voyageurs. Et d’autres images de jungle, où des rideaux de lianes pendent langoureusement dans une débauche de tiges et de feuilles, où l’on devine une chaleur moite, rampante, dont elle sent confusément la sensualité. Dans son esprit la jonction se fait entre son désert conjugal et la verdeur luxuriante de son empire. Elle devine un décor où renaître, l’humidité chaude qui remonterait par capillarité et viendrait inspirer son époux, peut-être. Elle goûte par anticipation ses noces enfin vengées dans la moiteur de la jungle mexicaine."
"Chaque ville maintenant rêve de transformer sa mer en baignoire de luxe et ses plages en séchoirs géants- au lieu des poissons, mettez des bourgeoises, à la place des bicoques de pêcheurs des villas à tourelle, avec des noms comme des titres de poèmes : Beau Rivage, Remember, Rochambelle, Castelroc."
