Lire Lolita à Téhéran, de Azar Nafisi
Azar Nafisi revient sur son histoire. Iranienne issue d'un milieu favorisé (son père a été maire de Téhéran), elle a quitté l'Iran quand elle avait 13 ans, a été en pension en Angleterre et en Suisse avant d'aller aux Etats-Unis. Après 17 ans passés à l'étranger, elle revient avec son mari Iranien en 1979, après la destitution du Shah. Elle trouve rapidement un poste d'enseignante en littérature au département d'Anglais. La révolution en est à ses débuts.
Quelques années plus tard, quand les lois islamiques sont proclamées, elle est renvoyée de l'université pour refus de mettre son voile, va la réintégrer quelques années plus tard avant de démissionner.
En 1995, après avoir donné sa démission de l'université de Téhéran où elle enseigne la littérature moderne, l'auteure décide de réunir chez elle, une fois par semaine, sept jeunes filles/femmes, dans l'optique d'analyser des textes littéraires et de discuter du pouvoir critique de la littérature.
Cela va donner lieu à des discussions sur la littérature mais aussi sur la condition de la femme, la famille, les traditions, l'émancipation ...
Des thèmes très intéressants sont abordés : le contexte de la révolution en Iran et la place des élites intellectuelles dites de gauche, le pouvoir de la littérature, le choix d'accepter ou de refuser un travail s'il est assujetti au port du voile, les principes de liberté ...
Je reproche par contre à ce livre d'être trop professorale. L'auteur, émigrée aux Etats-Unis, a été longtemps professeure de littérature puis conférencière. Cela se ressent dans l'écriture ou on a souvent l'impression de suivre un cours sur Nabokov ou Gatsby le magnifique. J'aurais préféré avoir plus de ressenti sur les jeunes femmes qui ont suivi les cours que des pages entières d'analyse de textes.
Extraits :
"C'est ce contexte qui fit que notre séminaire ce qu'il était, une tentative pour échapper au regard du censeur aveugle quelques heures par semaine. Là, dans ce salon aveugle, quelques heures par semaine. Là, dans ce salon, nous redécouvrions que nous étions aussi des êtres humains qui vivaient, qui respiraient ; et quel que fût le degré de répression, quelles que fussent notre impuissance, notre peur, comme Lolita nous tentions de nous évader, de créer nos propres petites poches de liberté. Et comme Lolita, nous profitions de chaque occasion pour afficher notre insubordination, en laissant dépasser quelques cheveux de nos foulards, en glissant une note de couleur dans l'uniformité générale, en laissant pousser nos ongles, en tombant amoureuses, en écoutant des musiques interdites."
"Seule la littérature apprend à se mettre à la place des autres, à comprendre leurs contradictions."
