Veiller sur elle, de Jean-Baptiste Andrea
J'ai découvert cet auteur avec un coup de coeur pour Des diables et des saints, et j'avais hâte de lire son nouveau roman qui a eu le prix Goncourt.
En 1986, dans l'obscurité d'une abbaye piémontaise, un vieil homme est en train de mourir. Il s'agit de Michelangelo Vitaliani dit Mimo, un homme qui n'a jamais prononcé ses voeux alors que cela fait quarante ans qu'il vit quasi-reclus dans cette abbaye. Comme si sa vie défilait devant ses yeux, il va nous la conter.
Sa naissance au début du siècle dans une famille italienne pauvre, son apprentissage de sculpteur auprès de son père puis d'un obscur oncle maltraitant, son nanisme, son génie, sa rencontre avec Viola Orsini une jeune fille de la haute société qui refuse la place que la société lui assigne, leurs relations, ses errements et abus et enfin cette Pietà cachée, son chef d'oeuvre secret qui ajoute un mystère au roman.
On est emporté par le côté historique et romanesque de ce roman. Mimo est rude et naïf, et en même temps plein de sensibilité. Viola est indomptable et passionnée . Ces deux âmes soeurs sont caractérielles et entières. En découle une attirance/aversion qui aboutit sur des départs, des incompréhensions et des retrouvailles bouleversantes.
Sur fond de montée du fascisme, ce roman nous parle d'art, de génie, de politique, de débauche, de féminisme, de handicap, d'ambition, de relations familiales ... le tout porté par une écriture poétique, sensible et fluide.
Quelques longueurs (notamment la période du cirque), ne m'ont pas empêché d'apprécier grandement ma lecture (et la révélation finale que j'ai adoré), mais je n'en ferais pas un coup de coeur même si c'est un roman qui me restera en mémoire.
Extrait : "Elle me tendit la main et je la pris. Comme ça, franchissant d'un seul pas d'insondables abîmes de conventions, d'empêchements de classe. Viola me tendit la main et je la pris, un exploit dont personne ne parla jamais, une révolution muette. Viola me tendit la main et je la pris, et c'est à cet instant précis que je devins sculpteur. Je n'eus pas conscience du changement, bien sûr. Mais c'est à ce moment, de nos paumes alliées dans cette cabale de sous-bois et de chouettes, que me vient l'intuition qu'il y avait quelque chose à sculpter."
