je_vais_passer parution 03/2009 - 268 p 

Brigitte Lavau nous fait entrer dans le quotidien de l'hôpital de jour des Jonquilles qui accueille des adolescents psychotiques et/ou autistes. Elle y est éducatrice et va suivre un groupe de 4 adolescents, mais aussi un projet de théâtre qui va permettre à certains de faire des belles avancées, tel Anthony, qui vit caché sous son pull et qui va accepter d'être sur scène, sans protection, devant 1.000 personnes.

Il y a énormément d'émotion dans ce livre, on a tellement envie d'aider ces enfants, de les accepter, de les faire avancer. Il y a aussi, de manière très directe, des sujets tels les relations parfois difficiles entre psy et éducateur, le tabou de la sexualité des handicapés, le manque de lieu d'accueil pour ces adolescents, les discours contradictoires sur l'autisme.

Tous les portraits sont savoureux : le directeur "Pakron" avec un grand P, l'éducateur motard Jacky, Kevin qui met deux heures pour déjeuner, gestes ultra lents mais sourire de bonheur quand il réussit à dire bonjour...On éprouve un attachement réel pour ces adolescents suivis au jour le jour, dont chaque progrès, même minime, constitue un pas en avant et une belle victoire.

j'ai été très touchée par ce livre qui se lit facilement. Alors que je n'avais pas accroché à "l'enfant bleu" d'Henry Bauchau, sur le même thème mais pour moi trop "psy", j'ai été vraiment prise par ce livre que j'avais hâte de retrouver.

Merci à Guillaume du site Babelio et aux éditions du Seuil pour l'envoi de ce roman dans le cadre de l'opération masse critique. 

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Extrait : "Chérif ne bouge pas, il semble perplexe.

- Tu vas bien ?

- Oui dit-il, mais je voudrais savoir..

- Oui, Chérif, dis-moi...

- Quand je vais rentrer, mes parents, ce sera toujours les mêmes personnes ou ce sera d'autres parents ? dit Chérif avec un regard triste.

La question me sidère, mais j'essaye de ne pas trop le montrer.

- Tes parents sont toujours les mêmes , Chérif. Ils t'attendent à la maison, ils n'ont pas bougé.

- Ils sont à la maison comme d'habitude?

- Oui, c'est toi qui est partit en vacances. Regarde, je te dessine ce qui s'est passé. Tu vois, là, c'est ta maison à Paris, je dessine tes parents et ta famille, là c'est toi, tu es venu  jusqu'en Dordogne, ici, pendant ce temps tes parents n'ont pas bougé. Demain tu repars chez toi et tu retrouves tes parents dans ta maison, comme avant. Ils seront très contents de te revoir.

- Ça va alors.

Il se lève et s'en va.

je reste assise sur mont lit. Comment peut-on vivre sans ces certitudes là ?"