l'intimité

Un livre sur la maternité, le désir d'enfant, la procréation, les conditions des femmes, le couple, la paternité, les conventions de la société, la sexualité...

Alexandre est un jeune veuf qui se retrouve avec un enfant et un bébé à élever. Dans sa détresse, il est aidé par Sandra, une voisine sur laquelle il peut s'appuyer. Sandra est une libraire féministe qui a décidé de ne pas avoir d'enfant même si elle s'est attachée à ceux d'Alexandre, et qui ne souhaite pas vivre en couple. A contrario, Alexandre aspire à retrouver une vie à deux, il va donc s'inscrire à des sites de rencontre.

S'en suit des interrogations sociétales sur la sexualité, le désir d'enfant et les relations de couple dans notre société occidentale, le tout porté par une écriture subtile. Alice Ferney sait à merveille décrire les ressentis intimes des personnages. Leurs caractères très différents sont parfaitement évoqués. L'histoire romanesque nous emporte au fil des pages et on vibre avec eux tous.

Quelques réflexions philosophiques viennent émailler le roman et rendent la lecture encore plus génératrice d'une vraie réflexion.

Juste deux petits bémols : Tout d'abord, j'ai trouvé à un moment que le documentaire prenait un peu trop le pas sur le roman, avec des passages didactiques assez longs sur les différentes manières de faire /porter un enfant. Ensuite, le personnage d'Alexandre, fort sympathique dans la première partie du livre, m'est devenu exaspérant dans la deuxième partie, par son manque de décision ferme.

Un livre déstabilisant et instructif qui fait réfléchir sur le féminisme, l'éthique, le couple. Une plume pudique qui sait dire les ressentis intimes. J'ai retrouvé dans ce livre du grand Alice Ferney.

Une intimité désarçonnante.

Extrait : "Le groupe existait depuis bientôt dix ans et s'engageait dans le débat public sur les axes majeurs des violences faites aux femmes.

- #MeToo fait avancer le combat contre les violences sexuelles, c'est très bien, mais il faudrait aussi parler de ce qui se prépare. L'industrie du vivant aura besoin des femmes et ça ne sera pas pour leur bonheur. La prédation procréative succède à la prédation sexuelle. C'est vraiment frappant, les mêmes erreurs mênent aux mêmes folies.

- Tu penses à quoi ?

- Je pense à nos revirements et nos indignations. Au nom de la liberté, contre la morale bourgeoise et pour ne pas se sentir ringard, une élite intellectuelle tolère ou soutient une pratique. Et puis vingt ans plus tard,tout le monde s'indigne et les mentalités ont changé. Mais la même élite influente, pour les mêmes raisons, toujours refait le même type d'erreur.

- Laquelle ?

- Tolérer et même promouvoir l'inacceptable. Négliger des victimes au nom de la liberté de ceux qui les utilisent. Le débat s'est déplacé de la sexualité à la procréation mais il sera identique. J'imagine bien, dans quarante ans, nos descendants s'horrifier que nous ayons laissé une étudiante vendre ses ovules pour financer ses études ou porter l'enfant d'un couple d'hommes. L'avant-garde culturelle poussera alors les hauts cris. Elle lancera la curée contre le premier bouc émissaire qu'un quelconque bouquin autobiographique aura dénoncé. Et ne t'y trompe pas, je hais ce déchainement contre un seul, la manière dont chacun y va de sa petite tribune pour se glorifier ensuite d'avoir donné un coup de pied au salaud, alors que l'homme est à terre.

- Alors que faudrait-il-faire ?

- Peut-être planer un peu moins, penser à la réalité des gestes. Baiser une gamine à l'hôtel après le lycée ou lui stimuler les ovaires pour pomper leur production, c'est pareillement indigne. Mais tolérer, puis bannir et vilipender un demi-siècle plus tard ceux qui ont profité de cette tolérance n'a rien de glorieux. Ne pas se rendre compte que ce qu'on accepte aujourd'hui et aussi dégeulasse que ce qu'on vient de déclarer inacceptable, c'est ne pas utiliser son intelligence, il me semble."

"Alexandre ne pensait qu'à réparer un passé brisé, Alba qu'à enrichir un présent insuffisant. Leurs obsessions secrètes les éloignaient l'un de l'autre."