les déracinés

Wilhelm et Almah ont un coup de foudre réciproque dans les rues de Vienne en 1932. Il entame une carrière de journaliste, elle finalise des études de dentiste. Amoureux, ils virevoltent dans cette capitale autrichienne brillante autant au niveau intellectuel qu'artistique. Mais dès le milieu des années 30, les exactions contre les juifs autrichiens commencent à fleurir, et même si le couple n'est pas pratiquant, il n'en reste pas moins juifs. Les départs vers l'Amérique ou la Suisse sont de plus en plus nombreux mais Wilhelm et Almah ne veulent pas laisser leurs parents derrière eux. Jusqu'à ce que l'exil ne soit plus une option.

Vient le temps de l'errance, les camps, la chasse aux visas, l'espoir de l'Amérique, les propositions d'exil à Cuba où en République dominicaine...

Comment réussir à reconstruire une vie, repartir de zéro, suivre de loin les atrocités nazis tout en menant une vie de colons ?

On suit avec plaisir, tristesse, inquiétude et espoir la vie de ce couple très attachant. Leur histoire se mélange avec un pan de l'Histoire et de l'exil que je connaissais peu.

Il y a de nombreux rebondissements rendant la lecture captivante . L'écriture est fluide, soit à la première personne du singulier quand c'est Wilhelm qui parle, soit à la troisième personne comme si l'auteur prenait la parole. Il y a aussi des extraits des carnets écrits par Wilhelm.

J'ai beaucoup aimé le personnage d'Almah, jeune femme que l'on peut penser, au prime abord, un rien écervelée et légère, mais qui prend de l'envergure au fil des horreurs subies et qui, finalement, sera le pilier du couple. Wilhelm m'a paru dès le départ plus falot, peureux et se laissant porter par les évènements sans véritablement prendre de décision.

Leur amour inconditionnel et leur aura m'a fait passer un très bon moment de lecture et m'a, en plus, permis d'apprendre un nouveau pan de l'histoire de la seconde guerre mondiale.

J'ai vu qu'il y avait deux livres à suivre, mais pour l'instant je n'ai pas trop envie de me plonger dans la descendance de Wilhelm et Almah.

Extrait : « L'éloignement, le soleil, la mer agissaient comme une couche protectrice adoucissant les nouvelles qui nous parvenaient avec du retard. Pourtant le spectre de la guerre et des atrocités nazies planait sur la communauté.

On parlait de la volonté des nazis d'exterminer les Juifs, les homosexuels, les Tziganes et tous ceux qu'ils jugeaient indésirables, il y avait des rumeurs de déportations massives vers les camps de concentration ; on parlait de troupeaux d'hommes, de femmes et d'enfants entassés dans des trains de marchandises qui s'évaporaient dans la nuit. Nous avions commencé à comprendre l'ampleur de l'extermination. Pour endiguer notre mal-être, nous nous étourdissions dans les fêtes en pagaille, mariages, baptêmes, anniversaires, verres de l'amitié, pendaisons de crémaillère, réveillons, fêtes religieuses. »