pas pleurer parution 21/08/2014 - 278 p

L'auteure revient sur l'enfance de sa mère, jeune femme espagnole issue d'un milieu modeste, qui a vécu la guerre d'Espagne.

C'est un roman à trois voix : 

Celle de cette mère qui perd aujourd'hui la mémoire et ne se souviens que de cette année 1936 ou elle a connu tour à tour l'exaltation de la liberté, l'espoir d'une vie meilleure, l'amour, les discordes, la guerre, l'exil ...

Elle avait 16 ans, vivait dans un petit village loin de tout. C'est son frère, Josep, qui, le premier, est revenu au village avec des idées révolutionnaires : mettre en commun les terres, collectiviser le travail. Au départ les paysans se laissent griser, puis le quotidien reprend le dessus, la marmite à faire bouillir, les enfants à élever. 

En parallèle de l'histoire de ce village, l'auteure revient sur la politique de l'époque, et notamment les exactions commises par les nationalistes, couvertes par l'episcopat espagnol. Ces massacres, l'auteure en parle à travers la voix de Georges Bernanos, écrivain qui a été choqué par la barbarie de la guerre et révolté par la complicité de l'Eglise. Georges Bernanos a écrit un livre paru en 1938, "les Grands Cimetières sous la lune", pour dénoncer ces atrocités.

Et au milieu de ces deux voix il y a celle de Lydie Salvayre. Qui écoute sa mère et la reprend quand elle fait des fautes de français. Qui lit le livre de Bernanos et commente les massacres. Qui nous montre que la petite histoire du village de sa mère est un condensé de la grande histoire de l'Espagne.

Il y a de tout dans ce livre : une part d'histoire de la guerre d'Espagne, un récit émouvant d'une femme à la condition modeste en 1936, une belle histoire d'amour, la fougue des jeunes adultes, les horreurs de la guerre.

Alors pourquoi pas de coup de coeur ? Je ne sais pas ! La construction est vraiment originale, l'écriture fluide, le sujet intéressant ... et pourtant je ne me suis pas senti "dedans" sans vraiment pouvoir l'expliquer. Du mal à me concentrer à la rentrée ? Beaucoup de phrases espagnoles non traduites ? Je vous laisse juger, à vous de le lire !

Extrait : "Josep ne peut plus fermer les yeux devant la vérité qu'il a tenue soigneusement écartée de son esprit et qui, soudain, gesticule, vocifère, et violemment l'apostrophe : chaque nuit, des expéditions punitives de miliciens assassinent des prêtres et des suspects prétendument fascistes. Moins qu'à Majorque, peut-être, bien que je n'aie pas fait le décompte des crimes, mais la question ici n'est évidemment pas le nombre. Josep, tout comme Bernanos à Palma, découvre qu'une vague de haine ronge ses propres rangs, une haine permise, encouragée, décomplexée, comme on le dirait aujourd'hui, et qui s'affiche fière et contente d'elle-même. [...]

Le lendemain, c'est le 8 août, se souvient ma mère sans une once d'hésitation (moi : tu te rappelles cette date ? ma mère : il parait que j'ai une tête de litotte, c'est ce con de docteur qui le dit, mais tu vois !), le lendemain, le Conseil des ministres du gouvernement français décide la non intervention en Espagne tout en déplorant extrêmement extrêmement extrêmement la guerre effroyable qui ravage ce beau pays."

Un grand merci à la librairie Dialogues pour l'envoi. librairie dialogues