Carnet de bord du 01 au 08 septembre 2026
/image%2F0404616%2F20260908%2Fob_1aaeaa_carnet-de-bord-1-page-0001.jpg)
/image%2F0404616%2F20260908%2Fob_1f365d_le-gardien-de-teheran.jpg)
Cyrus Farzadi est un jeune iranien qui va devenir chauffeur-livreur pour le musée contemporain voulu par la femme du shah. L’impératrice veut en effet démontrer que l'Iran est une grande nation moderne, et va faire acheter de nombreux tableaux Picasso, Warhol, Gauguin… pour ouvrir un fabuleux musée. Nous sommes en 1977, et la crise pétrolière a fait de l'Iran un pays riche. Elle dépense donc sans compter, alors que son peuple meurt de faim.
L'arrivée des talibans au pouvoir et la chute du shah en 1979 marque la fermeture du musée. Cyrus, qui a juste 25 ans, se retrouve le seul gardien de ce trésor inestimable jugé décadent par les talibans. Il va tout faire pour le protéger et petit à petit s’ouvrir à la beauté et la magie de ces œuvres d’art.
On reconnaît l'écriture de reporter de l'autrice qui a rencontré ce gardien. Cela peut être un frein. Mais le côté historique est passionnant.
Extrait : “Et lui, dans cette pièce habitée de spectres colorés, prend conscience qu’il ne sait rien, ou presque, de cette assemblée muette, alors que les tableaux sont en train de prendre une place primordiale dans son existence bouleversée. Il se sent investi d’une responsabilité. Tout le monde les a abandonnés, sauf lui. Le puissant Empire perse les destinait à des jours de gloire et de lumière, les voici condamnés à l’anonymat et à l’outre-monde d’une chambre forte dont lui seul possède les clés. Tout un pan de l’art occidental englouti. Ingratitude de l’histoire. En ces jours où l’Iran se recouvre de noir, ils ont pourtant toutes leurs couleurs éclatantes à opposer.”
/image%2F0404616%2F20260908%2Fob_e3c4a0_silet-jenny.jpg)
/image%2F0404616%2F20260908%2Fob_b89202_silent-3.jpg)
Dans un monde post apocalyptique où l’air et la terre sont viciés, vivent plusieurs groupes humains : Ceux qui gouvernent vivent dans des villes gérées par une administration caricaturale, ceux qui veulent être libres se déplacent dans des “monades” sorte de paquebot roulant sur la terre. Il y a aussi les mange-cailloux qui sont des parias, les pénitents et les microïdes, comme Jenny, qui ont pour mission d’aller chercher dans les sous-sols de la terre un spécimen d’abeille dans l’espoir de relancer la pollinisation.
Persuadée que cette solution miracle pourra sauver la terre, Jenny se renferme sur elle-même et reste de plus en plus longtemps sous terre, au risque de ne plus pouvoir remonter.
J’ai aimé le côté déjanté/onirique de ces populations, l’entraide dans le monade, les relations qui se tissent et la liberté laissée à chacun de choisir sa voie.
J’ai aimé les dessins des paysages et des véhicules, foisonnants de détails. Les dessins sont sombres et il faut un petit moment pour s’adapter à cet univers, mais qu'est ce que c'est beau !
/image%2F0404616%2F20260908%2Fob_ecbf85_silent-jenny-1.jpg)
J’ai eu plus de mal avec le scénario. Il m’a fallu une centaine de pages pour à peu près appréhender l’histoire, et j’avoue ne pas avoir compris la fin qui a l’air assez ouverte.
ça me laisse assez perplexe. Je pense qu’il faut se laisser porter et adhérer au fait de ne pas tout comprendre, si ce n’est qu’il faut accepter de vivre autrement plutôt que de revenir en arrière.
A vous de vous faire une idée, en tout cas, ça sort de l'ordinaire.
Retrouvez toutes les BD de la semaine chez Fanny.
/image%2F0404616%2F20260830%2Fob_3a4d82_les-armes-de-la-lumiere.jpg)
Un roman historique qui nous amène en Angleterre à la fin du 18e siècle dans la petite ville de de Kingsbridge et plus particulièrement dans l'univers des tisserands.
L'épopée a lieu de 1792 à 1815. Pendant cette période, de nombreux changements vont avoir lieu sur fond de guerre avec la France, d'industrialisation des métiers à tisser et du filage, de révolution française et de naissance des syndicats.
Cela donne des idées de liberté aux ouvrier(e)s qui n'ont aucun droit devant une justice arbitraire détenue par les nantis.
Amour, jalousie, violence, pauvreté, orgueil, entraide sont très bien décrits par un auteur qui connaît bien son sujet. On s'attache aux personnages, aux familles et on tremble, doute et espère avec eux.
Ce volume est le 5e et dernier tome de la « saga Kingsbridge » entamée par l'écrivain en 1989 avec « Les Piliers de la terre », mais peut se lire indépendamment.
Un bon moyen d'en connaître plus sur cette période historique. Un pavé très agréable à lire.
Extrait : “- Vois-tu, mon enfant, il n’est pas bon que les classes laborieuses apprennent à lire et à écrire, dit-il sur le mode paternel du vieillard prodiguant sa sagesse à la jeunesse utopiste. Les livres et les journaux leur farcissent la tête d’idées qu’ils ne comprennent qu’à demi, ce qui les incite à ne plus se satisfaire du rôle que Dieu leur a assigné dans l’existence. Ces gens-là se mettent à cultiver d’absurdes idées d’égalité et de démocratie.
-Ils devraient tout de même pouvoir lire la Bible.
- Tu n’y penses pas ! Ils se méprennent alors sur le sens des Écritures et accusent l’Église établie de répandre une fausse doctrine. Ils se transforment en dissidents et en non-conformistes, avant de prétendre créer leurs propres Églises, à l’image des presbytériens et des congrégationalistes. Et des méthodistes.”
/image%2F0404616%2F20260830%2Fob_3ae698_khalat.jpg)
L'autrice met en images un récit de Davide Coltri qui avait recueilli des témoignages de migrants.
/image%2F0404616%2F20260830%2Fob_d19628_pxl-20260830-162437929.jpg)
Là, il s'agit de celui de Khalat, une jeune femme kurde syrienne qui faisait ses études à Damas et qui s’est retrouvée plongée en 2011 dans le printemps arabe, la violente réaction du régime de Bachar el-Assad, la guerre civile, la fuite avec ses parents et son neveu comme dernier recours et le long trajet jusqu'à l'Europe.
Le contexte historique nous est rappelé dans les premières pages.
Les dessins sont sobres avec des lignes au crayon rehaussées d'un peu d'aquarelle. Il en est de même pour les dialogues ou situations qui sont très succincts. Cela donne une pureté au récit, un calme même si l'histoire est violente. Tout est dans le ressenti.
C'est un roman graphique / album sous forme de témoignage très beau et très fluide. Sorti en janvier 2020, il est malheureusement toujours d'actualité.
Retrouvez toutes les BD de la semaine chez Blandine
/image%2F0404616%2F20260830%2Fob_d4282e_pxl-20260830-162403962.jpg)
/image%2F0404616%2F20260624%2Fob_cb30bf_la-correspondante.jpg)
Sybil, septuagénaire, vit seule dans une maison dans le Maryland avec vue sur une baie.
Ancienne greffière, elle a, depuis son adolescence, une passion pour la correspondance et envoie régulièrement des courriers à ses proches : son frère Félix qui vit en France, son amie Rosalie, un jeune garçon atypique, ses enfants, son voisin, des écrivains qu’elle admire, la doyenne de l’université …
Petit à petit, au fil des écrits qui vont s’étendre sur dix ans, on reconstitue son histoire personnelle et ses drames. On comprend aussi mieux son caractère bien trempé.
C’est un délice de lire ces courriers et de d’en découvrir plus sur les secrets qui parsèment sa vie en lisant entre les lignes. Il y a aussi une pointe de suspens avec des lettres de menaces, une recherche d’ADN et des courriers qu’elle écrit à un certain “poulain” mais n’envoie pas.
Sybil m'a émue avec sa sincérité, mais m’a aussi fait rire plus d'une fois avec son franc parler. Ses relations avec ses prétendants sont un délice.
On s’y sent bien dans ce livre, ça passe tout seul et en même temps il y a une certaine profondeur et une réflexion sous-jacente sur le chemin vers le pardon.
Je recommande.
Extrait : “ J'écris à tous les gens qui me manquent. Amis, confrères, rédacteurs en chef, enseignants, diplomates, auteurs. Les auteurs sont mes préférés. C'est plus compliqué aujourd'hui, bien sûr, parce qu'avec internet les gens écrivent plutôt des e-mails, (c'est plus rapide, plus simple, moins exigeant que de devoir rassembler le nécessaire, le stylo, le moment pour s'asseoir à son bureau, le timbre, etc,), et on a parfois plus de mal à trouver une adresse, quoi qu'en général, si on essaie vraiment, on y arrive. Et il faut essayer. Un email ne saurait remplacer une lettre manuscrite. Cela m'inquiète qu'un jour les nouvelles technologies puissent éliminer le service postal, mais j'espère que d'ici là je serai morte et enterrée.
J'écris lentement. Une lettre peut me prendre une heure ou plus. Je ne me précipite pas. Je réfléchis à chaque phrase. Ma main ne se fatigue pas. Il ne faut pas se précipiter. Autrement, on écrit des choses qu'on ne pensait pas et l'on s'épuise. Il faut être patient pour formuler exactement ce que l'on pense, pour trouver le bon mot. Je fais parfois un brouillon que j'annote avant de rédiger une version au propre à envoyer. Je pense que l'on doit se montrer pointilleux en matière de communication. Souvenez-vous : les mots, surtout écrits, sont immortels.”
/image%2F0404616%2F20260629%2Fob_a6689f_payer-la-terre.jpg)
Sous titre : A la rencontre des premières nations des territoires du Nord-Ouest Canadien
/image%2F0404616%2F20260629%2Fob_793a4e_payer-la-terre-1.jpg)
L’auteur revient sur l’histoire des natifs du Nord Canada, ces peuples indigènes nomades qui vivaient durement mais librement jusqu’à la fin des années 1800, au moment de la découverte de gisement de pétrole et d’or sur leurs terres.
Le gouvernement commence alors à officialiser son autorité sur ces terres en faisant signer aux tribus un traité où ils cèdent tous leurs droits. Pour les natifs, au-delà ce ce traité, il y avait un engagement oral qu’ils voyaient comme un lien d’amitié leur permettant de continuer à pêcher, chasser et piéger leur nourriture.
Certains autochtones ont commencé à changer de mode de vie en cherchant du travail dans les mines. Il a fallu du temps pour que les revendications territoriales des autochtones soient examinées, que les projets de gazoduc soient gelés un temps.
Mais en trois générations, la langue, la culture et les traditions des indigènes se sont perdues. Car au-delà des terres, le traité promettait aussi l’éducation. Mais c’était plutôt une arme d’acculturation et de christianisation des enfants qui étaient retirés de force de leurs familles pour être mis en pensionnat.
Si l’auteur se met en scène, c’est pour mieux montrer les rencontres qu’il a effectuées et les témoignages qu’il a pu recueillir.
Les dessins en noir et blanc, précis et réalistes laissent cependant passer les émotions.
Une BD - essai / reportage exigeante et foisonnante. Un beau travail de mémoire qui se finit par une note d’espoir venant de la nouvelle génération.
/image%2F0404616%2F20260629%2Fob_f19d07_payer-la-terre-1.jpg)
Vous retrouverez toutes les BD de la semaine chez Fanny.